Le mécénat à Goma: À la rencontre de Patrick L’Ange Olombe.

Écrit par Le 22 mai 2021

Les hommes ont leur histoire, les mots aussi.

Caius Mæcenas, ou fréquemment mais de manière erronée Caius Cilnius Mæcenas, vécut de l’an 70 à l’an 8 avant Jésus Christ. Il est connu pour avoir été un influent homme politique Romain et un proche de l’empereur Auguste. Il fut surtout célèbre pour avoir consacré sa fortune et son influence à promouvoir les arts et les lettres.

Les célèbres auteurs latins Virgile, Properce et Horace lui rendirent en hommage ce qu’ils avaient reçu de lui en bienfaits. Son nom s’imposa et finit par être synonyme de bienfaiteur, généreux et protecteur. Francisé en Mécène, ce nom est devenu un mot qui désigne ”toute personne qui aide financièrement ou matériellement le développement des sciences et des arts ou de tout travail d’intérêt général sans contrepartie en soutenant ou en appuyant des manifestations.”

 

Des grands mécènes, l’histoire en a connus. Des mécènes, la ville de Goma en compte aussi.

 

  • ”Donne tes mains pour servir et ton cœur pour aimer.” Mère Theresa.

 

Nous sommes le 05 Mai 2021. Ce jour là, Patrick L’Ange Olombe célèbre son énième anniversaire. Pour ce faire, il a prévu une grande activité de charité: nourrir plus de 4 000 prisonniers du centre pénitencier du camp Munzenze à Goma. Ce jour là, la prison de Goma vibre au rythme de l’anniversaire du jeune leader trentenaire classé par ”Kivuzik magazine” comme étant l’un des cinquante jeunes les plus influents de la République Démocratique du Congo. Les prisonniers ne font pas que manger: la prison vibre aux sonorités de la bonne Rumba et du bon Ndombolo Congolais dont le principal héraut au Nord-Kivu n’est autre que JC Kibombo Zikfull, patron du groupe ”La cours des grands”. En éffet, c’est ce groupe et son leader qu’a choisis Patrick l’Ange Olombe pour l’accompagner dans son action en faveur des prisonniers.

Dans un grand concert organisé dans l’enceinte même de la prison au profit de ses seuls occupants, JC Kibombo Zikfull et groupe font le bonheur de tous les détenus qui voient les artistes les plonger dans les vieux succès Congolais qui ont bercé soit leurs enfances, soit leurs jeunesses.

Le soir, l’organisateur de la manifestation sort de la prison tout ému. Il vient de faire ce qu’il aime faire le plus au monde: donner de la joie aux autres. Il vient de soulager tant soit-peu la souffrance des autres.

Le philosophe grec Socrate disait: ”L’ amour seul connaît le secret de s’enrichir en donnant.”

 

  • Fils d’un militaire

 

Il est surnommé ”Soda”. Ce surnom est une altercation du mot ”Soldat”. Dans un camp des soldats, c’est là que Patrick l’Ange Olombe a grandi. Dans un camp militaire, il est difficile d’y mener une vie rose. C’est dans ce milieu que le futur ”Soda” découvre et cultive ce qui lui est une passion ainsi que l’une de ses qualités phares: aimer les autres et avoir de la compassion pour des personnes en détresse et en besoin.

Aujourd’hui, il soutient plusieurs associations des jeunes et des regroupements des personnes démunies mais ayant la charge de leurs familles. Il soutient aussi plusieurs artistes et est derrière l’organisation et la promotion de plusieurs événements culturels dans la ville de Goma et ailleurs. D’où sa qualité de mécène.

 

  • Être mécène à Goma

 

Comment définit-on un mécène à Goma? Nous avons posé cette question à Patrick l’Ange Olombe. Sa réponse nous a été directe, nette et pleine de précision: ”A Goma quand on parle de Mécène on pense à un monsieur qui a de l’argent à distribuer aux artistes! C’est un concept érroné et qui crée souvent des soucis de perception.”

Cependant, notre ”Soda” a sa propre définition du mécènat: ”Moi, par contre, je sais que le mécénat désigne le fait d’aider et de promouvoir les arts et les disciplines par des commandes ou des aides financières privées. La plus part des fois axé sur des projets. Pas vaguement.”

 

À Goma, le mécénat demande beaucoup de volonté et, surtout, du grand cœur. Et Patrick l’Ange Olombe à l’avantage de l’avoir découvert et commencé depuis le bas âge, avant même qu’il n’en connaisse la définition:

« J’ai commencé des aoeuvres mécénales depuis mon jeune âge. Trop jeune déjà je sacrifiais mes dûs au profit des arts… C’était soit à l’église, soit au profit des petits groupes de jeunes du quartier, des athlètes en privé, etc.

C’est comme un don pour moi, je n’ai jamais su comment cela a commencé. Je me suis retrouvé dans ça. Je sais par contre que tout le monde n’en a pas l’obligation,  mais pour moi c’est comme une responsabilité.”

En éffet,  comme le dirait Matthieu Ricard, ”la bonté n’est pas une obligation. Elle est la plus noble expression de notre nature humaine.”

 

  • Le gain du mécène Kivutien

 

Émile Coué a dit: ”Plus vous faites de bien aux autres, plus vous en faites à vous-même. L’altruiste trouve sans le chercher ce que l’égoïste cherche sans le trouver.”

On ne peut pas être mécène sans être altruiste. Patrick l’Ange Olombe le sait très bien. Cependant, le mécénat n’est pas en soi une passion ingrate. Quand une étoile brille, on la voit. Quand une lumière brille, on cherche à voir sa source. Le mécène a beau faire des actions dans l’anonymat, il finit par être découvert.

Quand nous lui demandons ce qu’il gagne dans le mécénat, Patrick L’Ange Olombe nous répond:

”Depuis un certain temps (depuis cinq ans maintenant), le grand profit est la réconnaissance lors des ”Awards”, des prix et des plebiscites.”

C’est un phénomène vécu dans la ville de Goma depuis déjà 5 bonnes années: la multiplicité d’événements des promotions des acteurs culturels et autres personnalités publiques. Dans quasiment tous ces événements, il y’a un prix décerné à Patrick L’Ange Olombe, entre autres comme meilleur mécène. Ce dernier se retrouve aussi en tête de listes de personnes les plus dédicacées dans les chansons des artistes de Goma.

Cependant, le ”Soda” ne considère pas ces trophées comme sa plus grande récompense. Et pour cause, il n’agit pas pour les trophées…

 

Pour lui, son gain réel et le plus important n’est pas visible et ne peut être quantifié. Et ce gain ”c’est cette satisfaction, ce sentiment d’avoir aidé une oeuvre à sortir au yeux du public, cette sensation de se savoir utile.”

 

  • Ce que le bon mécène vise

 

”Je vise rien dans l’absolu. Mon sentiment de satisfaction est ma première visée. On ne demande rien en retour, mais l’ingratitude non plus ne plait.”

En éffet, personne n’a jamais détesté la réconnaissance! Personne, même pas Patrick L’Ange Olombe.

”Nous soutenons des œuvres gratuitement, sans nous attendre à des profits financiers. Les artistes ont des difficultés énormes dans notre milieu, leur venir en aide les soulage ardemment. Avec un petit rien vous donnez espoir et vie à une œuvre d’esprit; n’est-ce pas un résultat féérique? »; dixit le grand mécène de Goma. Dans cette ville, sont nombreux qui pensent que tout mécène a des objectifs électoralistes derrière ses actions. Et Patrick l’Ange Olombe reconnaît à chacun le droit de penser ce qu’il veut (un droit inaliénable ):

 

”Bon, après les gens peuvent penser tout ce qu’ils veulent; penser est un droit de plus légitimes, mais je suis du côté de ceux-là qui pensent que quelqu’un qui fait des efforts pour les autres mérite quelque chose de particulière.” Quelque chose de particulière que notre mécène ne précise pas.

 

  • Les sous dans les sons

Les artistes de Goma, en particulier, et du grand Kivu, en général peinent à vivre de leur métier. Le professionnalisme dans l’art peine à être au rendez-vous. Les sons ont du mal à générer des sous. Cependant, il urge que ça change. Mais comment y arriver?

Patrick l’Ange Olombe: « L’idéal c’est assoir dans la tête de l’artiste que la culture ou l’art est son metier. C’est le début. Il doit savoir se valoriser, lui et son art, et vivre de ça. Après, il faudra l’impliquer dans les grandes prises de décision pour lâmélioration de ses propres conditions car, ne vous en fait pas, nous ne pouvons pas vivre sans l’art.” Pour y arriver, le ”Soda” suggère de penser à mettre en place une organisation locale solide qui regroupe les artistes et qui promeut leurs idéaux déjà à la base.

 

Comme l’a dit Romain Rolland: ”L’art et la parole sont les deux organes du progrès humain. L’un fait communier les cœurs et l’autre les pensées.” Bref, l’humanité ne vivra jamais sans l’art. Par conséquent, le monde aura toujours besoin des promoteurs d’art, des mécènes.

Goma, en particulier, et le Kivu, en général, peuvent donc aisément être fiers du jeune mécène Patrick L’ Ange Olombe.

 

 

 

 


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